Les tensions géopolitiques ont un double effet – inflationniste à très court terme, et d’aiguillon de l’indépendance énergétique à moyen terme. Analyse.
La France alloue entre 40 et 60 milliards d’euros par an aux importations d’énergies fossiles. Outre son poids, cette facture correspond à une dépense – et non à un investissement, et expose directement notre économie aux conflits géopolitiques. Les dernières actualités liées au secteur des énergies renouvelables démontrent la nécessité d’agir plus rapidement en faveur de notre indépendance énergétique.
A chaque conflit son inflation liée à l’énergie
La guerre en Ukraine avait déjà provoqué une hausse considérable des coûts du gaz (jusqu’à +110 % entre 2021 et 2022) et de l’électricité (+40% à +75%). Avec le conflit ouvert en février 2026 au Moyen-Orient et le blocage du détroit d’Ormuz, c’est désormais le pétrole qui flambe : à la pompe, les prix atteignent des records historiques et dépassent 2,18€ / litre de gazole. Au niveau européen, la facture énergétique a bondi de 22 milliards d’euros en 44 jours.
Une troisième Politique pluriannuelle de l’énergie pour décarboner de façon compétitive
Ces chocs énergétiques mettent en lumière notre dépendance aux énergies fossiles, qui représentent 60 % du mix énergétique français. Pour réduire cette dépendance, la 3ème Programmation Pluriannuelle de l’Energie (PPE3) a été dévoilée par le Gouvernement en février dernier après cinq années de travaux préparatoires. Ce document fixe le cap de la transition énergétique de la France pour la décennie 2026-2035 avec l’ambition de garantir une énergie abondante, décarbonée, compétitive et souveraine.
En matière de décarbonation, priorité climatique, la PPE3 prévoit d’une part un volet de sobriété énergétique, en passant de 1 510 TWh consommés par an à 1 100 en 2035, impliquant des mesures d’efficacité énergétique et d’économies d’énergie, et d’autre part de limiter le recours aux énergies fossiles à hauteur de 35 % du mix énergétique d’ici 2035. Pour y parvenir, tout l’enjeu est d’électrifier massivement les usages.
Électrification « tous azimut » et visibilité pour la filière renouvelable
Le premier ministre Sébastien Lecornu l’a rappelé lors de son allocution du 10 avril 2026. Il a alors annoncé un doublement du soutien public à l’électrification, qui passera de 5,5 à 10 milliards d’euros par an d’ici 2030. Parmi les mesures phares : interdiction des chaudières à gaz dans le neuf dès fin 2026, sortie du gaz pour 2 millions de logements sociaux d’ici 2050, 1 million de pompes à chaleur installées par an en 2030, leasing social pour les véhicules électriques, etc. Le développement des énergies décarbonées est également de mise, avec les objectifs suivants d’ici 2035 : multiplication par 3 de la puissance solaire installée, mise en service de 15 GW d’éolien en mer, rythme maintenu pour l’éolien terrestre avec priorité au renouvellement des parcs éoliens existants et relance du programme nucléaire.

Cette feuille de route, dont l’ambition reste en demi-teinte au regard des enjeux, donne cependant une direction claire aux acteurs et entreprises du secteur des énergies renouvelables. Les appels d’offres nationaux pour le solaire ont été relancés mi-février, mettant fin à une période attentiste pour la filière qui a relancé les investissements nécessaires au développement des projets. Pour le financement participatif sur Lendopolis, cela a conforté la visibilité, déjà bonne pour 2026, du portefeuille de projets à financer sur l’année.Le contexte géopolitique actuel devrait contribuer à ce que ce cap soit maintenu. Pour pallier la flambée des coûts de l’énergie, la Commission européenne a appelé le 13 avril à « réorienter la production d’électricité vers les énergies renouvelables et le nucléaire, en électrifiant l’économie aussi rapidement que possible ».